« 27 mars 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 265-266], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4255, page consultée le 09 août 2026.
27 mars [1843], lundi matina, 10 h.
Bonjour mon cher petit bien-aimé ! Bonjour mon adoré petit homme. Pense à moi,
aime-moi et viens bien vite m’apporter ton cher petit nez à baiser. Quelle belle
préface mon Toto, c’est aussi beau que la pièce ! Je crois que son apparition fera
une
très bonne sensation dans le public. Depuis que tu m’as dit ton projet, je suis on
ne
peut plus calme et on ne peut pas plus tranquille. Je comprends maintenant pourquoi
toutes ces misérables cabales ne t’émeuvent pas. Pauvre ange adoré, quoi que disent
et
quoi que fassent tes stupides ennemis, tu seras toujours le plus noble, le plus
généreux et le plus grand des hommes.
J’irai demain, sans aucune espèce de
crainte, à la représentation, doublement rassurée par ton admirable préface et par
ton
noble projet. Je suis sûre, même, que ces deux choses réunies auront une très bonne
influence, même sur les ennemis, quoiqu’il n’y ait extérieurement que la préface qui
doive influencer le public. Mais il me semble que ta résolution, que personne ne
connaît, est si noble et si généreuse qu’elle doit influencer par magnétisme. Je ne
sais pas si je me fais comprendre de toi mais je m’entends très bien et je suis pleine
de confiance sur ce qui doit arriver quel que soit l’événement.
Mon cher adoré,
je te vénère, je te respecte, je t’admire, je t’adore et je t’aime comme ce qu’il
y a
de plus loyal, de plus généreux, de plus grand, de plus sublime, de plus doux et de
plus charmant au monde. Pense à moi si tu peux et tâche de prendre un petit moment
sur
tes affaires sans nombre pour venir m’embrasser tout à l’heure. Cela me donnera de
la
joie pour toute la journée.
En attendant je vais finir de lire mes Burgraves que j’ai eu le courage de quitter cette nuit à
moitié chemin par respect pour vos ordres puisque vous ne voulez pas que je veille
longtemps après que vous êtes parti. Je t’aime, baise-moi. Je t’adore, aime-moi.
Juliette
a « 27 » a été corrigé d’une autre main. On comprend pourquoi : le 27 mars est un lundi. Mais c’est bien le 27 mars que la lettre a été écrite, et c’est « mardi » qu’il faut corriger en « lundi ». Les allusions à la lecture des
« 27 mars 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 263-264], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4255, page consultée le 09 août 2026.
27 mars [1843], lundi après-midi, 4 h.
Pas encore vu, mon Toto, et moi qui te désire et qui t’aime tant, ça n’est pas juste.
Du reste, mon pauvre bien-aimé, je me rends bien compte que tu n’as pas un moment
à
toi aujourd’hui, surtout que ton livre a paru. Ta préface a dûa remuer de nouveau toutes les sympathies et
toutes les intelligences. Je n’ai jamais rien lu de plus grand, de plus clair, de
plus
calme et de plus majestueux que cette préface. Ne ris pas de moi, mon adoré, d’oser
te
dire mon admiration au risque de la formuler maladroitement. Je ne peux pas la retenir
toujours en dedans de moi. Il faut bien que je la laisse sortir et s’abattre comme
elle peut à tes pieds.
Je ne [me] suis pas levée de mon lit
avant d’avoir lu toute la pièce, les notices et la ravissante chose du poète. Pour moi, qui sais la pièce par cœur, j’ai été
attristée de la quantité des beaux vers qu’il a fallu sacrifier à la malveillance
stupide de ces hideux goistapioux des
représentations. Je voudrais être plus vieille d’un an, et Dieu sait que ce souhait
ne
m’est pas facile à faire, pour entendre ta pièce jouée comme tu l’as conçueb. Quel bonheur !!!!!
En attendant,
il faut se résigner à la savourer au coin de son feu et se préparer à entendre grogner
les porcs du Nationalc et beugler les veaux du Constitutionnel demain aux
endroits les plus beaux.
Juliette
a « du ».
b « consue ».
c « le Nationnal ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
